Ouh là là! François Soutif kaléidoscope 13€

Ouh là là! est le 3eme volet d’une série d’albums tout en images qui explorent et revisitent l’univers des contes traditionnels, après Bouh! et Tralalère.

Ici, nous rencontrons d’abord l’ogre et le loup, à l’air boudeur. Mais le loup à une idée et entraîne son ami vers une fenêtre jaune qui se découpe sur la page verte. L’ogre n’a plus l’air boudeur, il à l’air benêt, on sent très vite que ce sont pas des flèches ces deux là.

De l’autre coté de la page, dans la lumière d’une pièce jaune, trois petits cochons et un enfant aux cheveux blonds jouent au cartes.

Nos deux compères semblent farceurs plus que gourmands, pour tromper leur ennuie, ils font des grimaces aux joueurs.

L’album instaure très vite un jeu de surprise qui s’inscrit dans l’alternance entre les pages jaunes et les pages vertes, l’intérieur et l’extérieur. La découpe de la fenêtre, vers la quelle convergent naturellement les regards, permet un changement de point de vue à chaque page. La charnière du livre découpe l’espace. Dans cette mise en scène très travaillée, l’ogre et le loup jouent à « coucou me voilà » suscitant la terreur chez les petits cochons et des éclats de rire chez les enfants à qui j’ai montré cet album.

Et puis brusquement, plus de découpe. Le loup et l’ogre obstruent totalement la fenêtre, ils essayent de passer de l’autre coté. Les cochons s’enfuient par une nouvelle ouverture, sur la page de droite. On remarque au passage que l’enfant blond ne porte pas de chaussures. C’est peut être un détail pour vous, mais pour l’ogre qui risque bien de se faire piquer ses bottes, ça veut dire beaucoup. Justement, les rôles s’inversent. L’ogre et le loup, coincés dans l’encadrement de la fenêtre sont vulnérables, les quatre autres sont passés de l’autre coté. Dans une dernière péripétie l’enfant déchausse l’ogre pour lui chatouiller le pied. Tiens tiens, ces grandes bottes, elles iraient bien sur les pieds du bambin, et d’un seul coup on réalise que ce n’est probablement pas boucle d’or, comme on pouvait le croire au début.

Cette trilogie (peut être y aura-t-il d’autre titres? Je le souhaite en tout cas) a le très grand mérite d’amuser les petits comme leur parents, en nourrissant son récit par de nombreuses références aux contes, François Soutif permet à chacun de faire des liens et des hypothèses, on s’amuse et on réfléchit. J’aime beaucoup regarder les visages des enfants quand on leur montre cet album, cette étincelle dans le regard au moment ou, paf, ils percutent quelque chose, la lumière se fait, ils ont construit leur vision du récit. Pour bien faire, il faudrait pouvoir montrer les 3 albums de la série, ce qui permettrait aux enfants de suivre les personnages, de voir les retournements de situation, chaque album s’enrichissant de la lecture des deux autres.