Henri est en retard, Adrien Albert, école des loisirs, 12€70

C’est souvent comme ça avec les albums d’Adrien Albert. On part d’une situation quotidienne, très ancrée dans le réel, qui nous donne la sensation qu’on l’a déjà vécue. Et puis on fait un petit pas de côté, et la courbe du récit dévie. Un tout petit grain d’absurdité est venu se glisser dans l’histoire et, de façon imperceptible d’abord, on a basculé du réel au merveilleux.

Aujourd’hui, papa et maman sont malades. Nez rougis, mouchoirs en papier qui traînent autour du lit, pas de doute, la situation sent le vécu. Ils ne peuvent donc pas amener Henri à l’école.

Mais le gamin ne l’entend pas de cette oreille, au téléphone il enjoint son grand-père de venir le chercher. Grand-père qui rapplique à peine le téléphone raccroché.

Vous l’avez senti? Le petit pas de côté qui va faire passer le récit du quotidien au n’importe quoi, vous l’avez vu, juste là?

Cette petite faille dans l’espace-temps, qui permet au grand-père de se pointer dans la seconde, est mise en valeur par le découpage des pages en vignettes qui donne son rythme à l’histoire.

(vous pouvez cliquer sur les images pour les voir en grand)

Voilà donc Henri et papi qui démarrent en trombe pour rejoindre l’école en moto.

Et on s’éloigne de plus en plus du réalisme de départ. Le chemin pour l’école sera donc une véritable aventure, ponctuée de rencontres improbables, de digressions ornithologiques précises, de changements de moyens de locomotion et même d’un début d’histoire d’amour.

Les vignettes alternent avec des images à fond perdu, la palette chromatique est variée, les cadrages jouent la surprise.

On se laisse porter par le récit, on se rend bien compte que l’auteur ne nous dit pas tout, le bougre, alors on fait des hypothèses (mais quel peut bien être le secret que Papi partage avec sa bonne amie Gustine?)

On s’attend à ce qu’Adrien Albert nous ramène en douceur dans le monde tel que nous le connaissons mais non, puisqu’on est partis dans un univers parallèle pourquoi revenir? Ici on peut accueillir un élan dans une salle de classe, d’ailleurs cet élan semble doté d’un certain charme, auquel la maîtresse n’est manifestement pas insensible (et pourquoi pas?)

C’est toujours avec un grand bonheur que les enfants laissent Adrien Albert les prendre par la main pour faire le saut de côté. D’ailleurs, beaucoup de ceux à qui j’ai lu cet album n’y ont rien trouvé d’étrange.

Quant à moi je suis toujours contente de le lire, comme tous les livres de cet auteur, le monde dans le quel il nous plonge est quand même plus marrant que le nôtre.

Lu aussi dans le tiroir à histoire.