Koi ke bzzz? Carson Ellis, Hélium 15€90

On me demande régulièrement en formation s’il faut remplacer les mots compliqués dans les albums pour les plus jeunes. Cette question m’a toujours un peu étonnée, comment peuvent-ils apprendre à parler si on les limite aux mots qu’ils connaissent déjà (donc, aucun pour les bébés)? Quand j’explique que surtout pas, au contraire, les enfants ont un grand plaisir à découvrir de nouveaux mots on me rétorque parfois que c’est désagréable de ne pas accéder au sens. Peut être. Pour les adultes. Les enfants, eux, sont sans cesse entourés de mots qu’ils ne connaissent pas, ils passent leur temps à faire des hypothèses en fonction du contexte et ils sont experts pour s’aider de l’image pour comprendre.

Nous, adultes, on a plus de mal à lâcher prise et à se laisser porter par un livre. On en fait l’expérience quand on a Koi ke bzzz? entre les mains pour la première fois. On fronce les sourcils et on essaye de comprendre.

On est agréablement surpris de découvrir qu’on comprend finalement très bien. C’est alors qu’on a envie de proposer cet album à un enfant.

Prenez un bambin de taille moyenne, consentant, et proposez lui de lui lire « ce drôle d’album ». Vous verrez qu’en moins de deux, il deviendra bilingue français/insecte, nul besoin de rajouter des sous-titres.

C’est donc l’histoire, toute en langue d’insecte, de Gluicky et ses amis, perplexes devant une petite pousse. Coccinelle, scarabée et Hanneton s’activent, sur la page de droite, autour de la plante qui grandit à vue d’œil. A l’aide d’une echonk ils y construisent unk forz. Mais sur la page de gauche, en apparence plus calme, apparaît soudain une menaçante voobeck. Elle peut faire un peu peur aux enfants, avec ses 8 yeux rouges mais ils sont généralement plus impressionnés par l’énorme oiseau qui vient s’en régaler.

La petite vie se poursuit dans le jardin et une belle turlitiboot pousse au sommet de la plante, avant qu’elle ne finisse par faner, naturellement.

Vous aurez compris que l’on assiste au déroulement des saisons à hauteur d’insecte. Au fil des lectures, on se familiarise avec la langue de l’album (au point que certains mots sont rentrés dans le vocabulaire familial chez moi) et on savoure de plus en plus le langage de l’image. On comprend que la chenille qui nous salue en début d’album disparaît ensuite dans le cocon et que c’est elle qui deviendra le magnifique papillon. On s’amuse à suivre le lent déplacement de la limace, on admire la grâce des sauterelles.

Apprécié aussi dans le tiroir à histoire.