Rose bombonne A. Turin N. Bosnia éditions des femmes. 

ISBN: 2-7210-0028-4

Rose Bombonne, est un livre militant. Édité à une époque où des femmes ont décidé de changer l’image que la littérature jeunesse renvoyait d’elles. 40 ans plus tard, on pourrait penser que ce combat n’est plus
d’actualité, que les représentations des femmes et des filles dans les
livres ont changées. Il n’en est rien.

L’édition contemporaine persiste à montrer des garçons qui partent à l’aventure pendant que les filles regardent le monde défiler par leur fenêtre. D’ailleurs, 78% des
héros sont masculins. Les personnages féminins sont donc des
personnages secondaires, souvent des mères ou des petites sœurs. (pour
ceux qui souhaitent approfondir, voir cette étude)

Dans les années 70, les éditions des femmes sont allées à contre courant de
cette tendance. C’est dans ce contexte qu’a été traduit de l’italien l’album Rose Bombonne, en 1975.

C’est l’histoire de Pâquerette, une petite éléphante parmi d’autre. Comme ses congénères, elle vit dans un enclos où elle se nourrit exclusivement de fleurs. Pas des fleurs douces et sucrées, non, des pivoines et des anémones, amères mais qui rendent la peau rose et lisse, l’œil grand et brillant. Car telle est l’apparence qui sied aux éléphantes de cette tribu. C’est qu’il faut souffrir pour être belle. Et, évidemment, être belle pour trouver un mari. Mais Pâquerette résiste au traitement.

Sa peau reste désespérément grise. Sa mère se désole, son père se fâche, mais rien n’y fait. Au point qu’ils finissent par se désintéresser de cet fille dont le corps lui même refuse de rentrer dans le moule qui lui est destiné.
Pâquerette décide alors de quitter l’enclos de ses congénères et de rejoindre la liberté de ses frères et de ses cousins, les petits mâles de la tribu. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’enclos n’est pas fermé, comme si les éléphantes se privaient de leur liberté elles même, juste parce qu’il en a toujours été ainsi.
Leur première réaction des autres petites éléphantes, voyant Pâquerette dehors est l’effroi. Puis vient la désapprobation, la perplexité et enfin, l’envie. Et, bien sûr, elles vont s’émanciper à leur tour.
Cet album est longtemps resté épuisé, j’ai d’ailleurs déniché mon exemplaire dans un vide grenier. Depuis 2008, il est de nouveau disponible chez acte sud junior, sous le titre « rose bonbon ». Malheureusement, la nouvelle traduction me semble trahir quelque peu les propos initiaux de l’auteure. Alors que les derniers mots dans mon album sont « depuis ce temps là, il est devenu difficile de dire, en regardant jouer les petits de cette tribu, lesquels sont des éléphants et les quels sont des éléphantes », le nouveau texte est « depuis ce temps là, ce n’est plus à leur couleur qu’on distingue les éléphants, des éléphantes ». La différence me semble vraiment trop importante pour être ignorée.