Trop tôt, Céline Sorin, Célia Chauffrey, pastel, 12€50

Ceux qui me connaissent un peu ou qui suivent ce blog régulièrement connaissent mon aversion pour les livres « à thèmes ». Ces albums qui semblent écrit pour répondre à une demande (du public et/ou de l’éditeur), dont on sait qu’ils vont se vendre parce qu’ils abordent un sujet délicat, qui rassurent les adultes plus qu’ils ne répondent à un besoin des enfants.
C’est que trop souvent, ils relèvent plus de la formule (« tiens, je vais faire un album sur les émotions, c’est à la mode, ça se vendra ») que de l’inspiration artistique.

Alors quand un livre aborde un sujet délicat, peu traité en littérature enfantine, sans perdre de ses qualités esthétiques ou littéraire, il est essentiel de le souligner.

Trop tôt raconte la naissance prématurée d’un bébé, du point de vue de son grand frère.

Le petit narrateur partage ses impressions, inquiétudes, angoisses parfois même avec son lecteur.

Ce tout petit, tellement fragile, qui s’est pointé alors qu’on ne l’attendait pas. Ce tout petit qui ne remplit pas ses pyjamas mais prend déjà la place sur le coeur de maman. Et maman qui ne rentre pas. Elle fait le jour et la nuit sur le berceau du minuscule, alors qu’à la maison, il faut se contenter d’une veilleuse.

C’est qu’il faut être bien grand pour devenir grand frère, il faut un peu de temps pour se préparer, ça ne peut pas venir comme ça, brusquement, en plein coeur de l’hiver, alors que la naissance était prévue au printemps!

La poésie du texte et la grande douceur des images font de cet album une lecture très apaisante. Il y a tous ces sourires, dans les paroles et sur le visage du père. Cette patience aussi.

L’inquiétude pour l’avenir du nourrisson n’est pas occultée, même si, à travers les paroles du grand frère, elle est mise sur le même plan que la crainte de perdre sa place auprès de maman.

La fin est ouverte et toujours centrée sur l’ainé, qui a suffisamment cheminé pour être prêt maintenant: le bébé peut arriver à la maison.