La souris philosophe, Michel Piquemal, Joanna Boillat, Didier jeunesse, 12€50

Tout commence là où finit la fable de La Fontaine, quand le rat (ici une souris) délivre le roi des animaux. Vous vous en souvenez? C’est celle dont est tirée le fameux « on a toujours besoin d’un plus petit que soi ».

Ici donc, la souris rend service au Lion, en le délivrant du filet dans le quel il est pris, non par reconnaissance mais par simple altruisme, comme ça, parce qu’elle est sympa. C’est en tout cas ce qu’on croit au départ.

Le roi, bon, il semble un peu vexé d’avoir eu besoin d’elle, il est un peu vaniteux. Mais tout de même, il lui promet de ne jamais lui faire de mal.

Cela tombe bien, elle va se révéler être un sujet bien effronté.

Car, sitôt libérée, elle va demander à être sacrée reine à la place du roi.

Le lion croquerait bien l’impertinente, mais une promesse est une promesse.

Alors la souris n’hésite pas à aller plus loin et à tirer les vers du nez du roi pour remettre en cause sa légitimité et la justesse de ses jugements. Il n’est pas très à l’aise pour répondre à ces multiples questions mais c’est au pied du mur, quand il aura à prendre des décisions importantes et dans l’urgence, que son incompétence se révèlera vraiment.

Il y a évidemment quelque chose de très politique dans le propos. Remise en cause de l’ordre établit, démonstration que le pouvoir devrait se mériter plutôt que s’hériter, mais aussi valorisation des actions collectives sont au centre de cet album.

En cela il se rapproche à la fois des contes et des fables, qui ont généralement un point de vue à défendre.
Je me souviens, au moment de la polémique autour de l’album « tous à poil », de Copé s’indignant d’une littérature porteuse d’une idéologie. Oh, le vilain mot, l’idéologie, c’est pas bien, c’est mal, on devrait protéger nos enfants de cette vilaine idéologie. Entendre de tels propos dans la bouche d’un homme politique, dont on est en droit d’attendre qu’il porte et défende justement une idéologie m’avait bien fait rire.
Moi, au contraire, j’aime que la littérature, comme toute autre forme d’art d’ailleurs, ait des valeurs à transmettre, un point de vue à défendre. Cela ne signifie pas que ces valeurs doivent s’imposer au lecteur, au contraire, chacun peut y réfléchir et décider d’y adhérer ou non. Proposer aux enfants de réfléchir aux notions d’autorité, de gouvernance, de pouvoir, c’est les placer en sujet et cela me semble salutaire.
Ajoutons à cela que dans cet album la langue est plaisante et agréable à lire à voix haute et les images de qualité. Voilà donc un album à avoir et à offrir, qui peut ouvrir des conversations passionnantes avec les enfants.