Une histoire qui… Gilles Bachelet, seuil jeunesse, 13€90

Les albums de Gilles Bachelet, vous le savez, je les adore. Cet auteur à un sens du rapport entre le texte et l’image qui provoque à la fois rire et perplexité chez les enfants. Or oui, j’aime bien que les enfants soient perplexes, et eux aussi aiment ça: ça leur donne du grain à moudre, ils réfléchissent, font des hypothèses, argumentent, changent parfois d’avis, bref, ils sont actifs dans la lecture.

C’est aussi un régal de montrer ses albums à des adultes: d’abord parce qu’on s’amuse, ensuite parce que ça donne lieu à des discussions sur « Les enfants vont-ils comprendre? », qui me permet de basculer sur « Le doivent-il? Et vous, êtes vous certain d’avoir tout compris? Et si ce n’est pas le cas, est ce un problème? » et qu’on peut facilement faire une heure de formation à décortiquer ces problèmes.

Le seul bémol c’est que je travaille essentiellement avec des moins de 3 ans et mes formations s’adressent généralement à des professionnels de la petite enfance. Donc, je n’ai pas assez d’occasions à mon goût de lire par exemple Mon chat le plus bête du monde.

Mais heureusement, Gilles Bachelet vient enfin de publier un album destiné aux tout petits.

Pour ce faire, il utilise les ressorts qui ont déjà fait leurs preuves avec les minus: Répétitions, musicalité du texte, indices qui permettent d’anticiper sur la suite du récit, quelques références à leur univers et une touche d’humour et de loufoquerie juste bien dosée.

Les ingrédients sont là, et comme Gilles Bachelet a aussi du talent, l’alchimie fonctionne à merveille.

La structure est la même sur chaque double page: Un adulte lit à un enfant et à son doudou. Pas n’importe quelle histoire, une histoire qui fait échos aux protagonistes (Uns histoire qui fait fondre pour les phoques, une histoire qui voyage pour les cigognes etc). Comme pour souligner que chaque parent sait exactement ce dont son petit à besoin.

Quand on tourne la page, nouveau tableau, le doudou de la page précédente est devenu l’enfant qui écoute l’histoire. Ainsi, à la façon d’un jeu de domino, chaque page annonce la suivante.

Sur l’image, on remarque aussi à chaque page un jouet, jamais mentionné par le texte. Bien sûr, chaque jouet à lui aussi des caractéristiques en lien avec les personnages.

La position des mots, la mise en scène du livre sur la page de gauche, les petits plus dans l’image principale, tout est pensé et tout fait sens pour l’enfant même très jeune. Ils trouvent très rapidement des repères dans cet album qui peut vite devenir un véritable doudou pour eux.

Les pages de garde permettent de récapituler tout l’album d’ailleurs j’ai vu un petit garçon le réciter par cœur en s’aidant uniquement des vignettes des pages de garde pour se remémorer l’ordre des tableaux.