Combien de questions, Cendrine Genin, Rascal, pastel 13€50

Dans la vie des enfants, il y a beaucoup de questions. Celles qu’ils nous posent (et aux quelles on ne sait pas toujours répondre), celles qu’ils se posent (et que nous ne pouvons pas toujours comprendre) et celles que nous, adultes, on leur pose (et qui ne sont pas forcément les plus pertinentes). Il y a aussi toutes celles qu’ils n’osent pas poser, celles aux quelles ils n’ont pas encore pensé, celles qu’ils ne comprennent pas vraiment. Plus de questions que de réponses.

Ces questions sont le moteur de leur intelligence, leur curiosité est insatiable, dans leur désir de comprendre le monde, ils ne s’arrêtent jamais.

Il y a des livres qui tentent d’apporter des réponses aux questions enfantines. Tentative vaine d’étancher leur soif d’apprendre peut être.

Généralement, plus un livre veut apporter des réponses définitives et moins il m’intéresse.

Les livres qui retiennent le plus mon attention sont souvent ceux qui n’apportent que quelques éléments de réponse et laissent l’enfant terminer le chemin.

Ici, les auteurs vont plus loin. Ils ne proposent que les questions. Des questions philosophiques ou très terres à terre, des questions drôles, absurdes ou sans réponses. Des questions qu’on ne peut comprendre que si on regarde aussi l’image du livre ou des questions qui sont encore plus étranges accolées à l’image. Des questions enfantines et des questions très sérieuses. Des questions sur lesquelles les enfants vont s’attarder très longuement ou des questions qu’ils vont à peine écouter.

Quand on feuillette cet album avec un enfant, il faut prendre son temps. Pas à cause des 184 pages (et une question par page) mais parce qu’il suscite de nombreuses discussions. D’autres questions, des réflexions sur l’image, des associations d’idées. Je n’ai pas encore eu l’occasion de l’utiliser dans un cadre professionnel (je l’ai amené quelquefois mais les enfants ne l’ont pas choisi), mais j’ai passé déjà plusieurs heures (pas en une fois, hein) avec ma cadette (ma cinq-ans-déjà, pour ceux qui ne suivent pas), autour de ce livre. On s’installe pour le regarder et on se laisse entraîner là où notre imagination nous mène, guidées par les magnifiques images de Rascal. Comme souvent chez lui, les techniques d’illustration varient d’une page à l’autre. Pochoir, gravure et  photo côtoient peinture et dessin. Souvent ma cadette a passé la main sur la page, pour caresser le papier. De temps en temps, je me suis autorisée à en faire autant, presque surprise  de sentir le papier glacé si lisse sous mes doigts alors que je touchais des briques rugueuses ou une plume duveteuse.

Cette richesse dans l’image fait de cet album une initiation à l’art et à la lecture de l’image, mais c’est aussi un livre philosophique et une incitation à penser, à imaginer, à interpréter.

Voir aussi l’avis de la librairie la boite à histoires.