Un bout de mer, Ingrid Chabbert, Guridi, Frimousse, 15€

C’est l’histoire d’Ali, petit bonhomme aux grandes oreilles, grands yeux et sourire discret. Et de son arière-grand-mère, toute ridée, toute courbée, tête voilée. Et de leur amitié. Forte et douce. Aux portes du désert, le temps semble presque s’être arrêté pour eux, ils contemplent les étoiles et regardent l’horizon. Mais ce n’est qu’une illusion, le temps fait son ouvrage et Ali s’inquiète pour sa grand-grand-mère, qui s’essouffle et a de plus en plus de mal à marcher.
Un jour, il lui demande si elle à réalisé ses rêves.

Oui, ses rêves de petite fille comme ses rêves de femme, elle les a tous réalisés, tous sauf un. Voir la mer, qui n’est pourtant qu’à deux jours de marche de là.

Alors Ali, un sceau à la main, part chercher la mer pour son aïeule.

Le texte, tout en retenue, pudique, s’accorde à merveille avec les images sobres et émouvantes.
J’aime infiniment la justesse du propos, la mort probable de la vieille femme est à peine évoquée, laissant aux jeunes lecteurs le soin de la comprendre et de l’accepter, si ls y sont prêts.

J’aime l’image de la vieillesse que l’on voit ici, paisible, donnée comme une chose normale. J’aime l’allusion à l’enfant et à la femme que cette grand-mère a été, c’est si souvent gommé avec le temps, invisibilisé sous les rides, comme si les vieux l’étaient de toute éternité.

En équilibre sur un fil, l’album arrive, sans peine apparente, à toucher la corde sensible sans tomber dans le pathos, à éviter l’écueil de la happy end peu crédible tout en proposant une fin qui laisse le lecteur serin.

Un album apprécié aussi par Bouma