Les ogres, Jean Gourounas, Rouergue, 13€90

Au fond de la sombre forêt brillent les fenêtres d’une maison. Dès qu’on
ouvre l’album, on découvre ses habitants, à travers des découpes dans la
page. Ce sont des genres de petites boules de poils colorées, qui
tremblent de frayeur. Dehors, un énorme œil les guette.

Dans le décors, esquissé d’un trait gris, d’une confortable maison, ils prennent la fuite, en ordre dispersés, au cri de « ouh, làlà, ouh là là là là, courez, courez » bientôt suivi d’un enfantin « purée! » Ils ont beau fuir sur leurs petites papattes, la bête les dévore un à un.

On s’interroge peut être un peu en voyant les petits se précipiter sur la langue de leur prédateur. Prédateur qui est quelque peu trahit par son sourire jovial sur la page suivante. Chaque page cartonnée est découpée de fenêtre ou porte, on passe ainsi de pièce en pièce, dans un intérieur plutôt douillet. Mais, un long bras par ci, une trompe par là, le monstre, qui semble disproportionné, apparait toujours, morcelé, dans l’image.

Jusqu’à ce que, purée d’purée, le dernier des petits, le rouge, n’y tenant plus, lui mord le derrière!

Non, ce n’est pas là la chute, elle vient immédiatement après et elle est encore bien plus rassurante.

Alors, les enfants, qui ont eu drôlement peur pendant la lecture éclatent de rire et en redemandent. Car il est si bon de rire de ses peurs.

Avec très peu de mots, cet album parle aux enfants de leur angoisse de dévoration, de la morsure, du jeu et de ses règles, de la famille, de la sécurité affective. Et c’est finalement après la première lecture que l’on comprend le pluriel dans le titre. Car enfin, qui sont donc les ogres?