Les prélivres Bruno Munari  corraini (diffusion les trois ourses)130€

Ce sont 12 petits livres, présentés dans un coffret qui évoque à la fois un grand livre et une petite bibliothèque.
12 livres qui ont exactement le même format, un carré de dix centimètres sur dix. Le même titre ou presque, sur chaque couverture: Livre 1, Livre 2 etc.
La matière de chaque livre, la reliure change. A l’intérieur, très peu de formes figuratives. Un bonhomme stylisé pour le livre X, des fourmis pour le livre Y, un chat…

Quand on a le coffret entre les mains, on explore chaque livre avec tout ses sens. La douceur du livre rose, le bruit que fait le livre en bois quand on le claque. Le vent qu’on peut faire en feuilletant le livre transparent. On est parfois un peu surpris, nous, les adultes. On tourne et retourne ces étranges objets. On trouve ça beau. On a envie de découvrir l’intérieur. Et pour les enfants? C’est pareil: Ils tournent et retournent les livres, les feuillettent, découvrent avec bonheur les surprises cachées dans chaque volume. Avant même de savoir lire, avant qu’on leur ait donné le mode d’emplois, ils comprennent comment appréhender ces objets. Ça tombe bien, c’était exactement le projet de Bruno Munari quand il a créé ces prélivres. Donner aux enfants à la fois une vrai petite bibliothèque et un mode d’emplois des livres.

Bruno Munari est un artiste italien, né à Milan en 1907. Il était à la fois sculpteur, designer, graphiste, peintre. C’est à la naissance de son fils qu’il a commencé à créer des livres pour enfants.

Il entame alors une vaste réflexion sur l’objet livre: Qu’est-ce qu’un livre et quelle est son utilité? C’est en réponse à ces questions qu’il commence (en 1949) la série des « livres illisibles », qui se passent à la fois d’images et de mots. La création de livres-objets se poursuit en direction des enfants et les prélivres sont un aboutissement de cette réflexion. Ils sont l’essence du livre: un ensemble de feuilles reliées entre elles, qui cachent une surprise et suscitent curiosité et émotions. En l’absence de mots écrits, le lecteur est invité à inventer et à interpréter, il est acteur de la lecture. En saisissant les prélivres l’enfant expérimente, il est mis dans la position du savant qui teste les différentes possibilités de la matière, il tâtonne pour découvrir par lui même les propriétés de l’objet: la transparence, les découpes, les formes cachées.

Quand j’amène les prélivres aux enfants, je m’abstiens d’être dirigiste avec eux. J’ouvre le coffret, le pose à portée de main et je les laisse venir voir, si ils en ont envie. Il faut alors en général rassurer les adultes. Oui il peut toucher. Non, il ne va pas l’abîmer. Oui, vous pouvez le laisser le mettre dans la bouche se frotter la joue avec, glisser ses doigts dans les trous. Oui, il gratte la page, il se demande si cette tâche noire, là, c’est un rond dessiné ou au contraire un trou. Munari a été farceur, il a joué sur l’ambiguïté. Ces deux rond, en apparence identiques, sont ils en réalité des opposés? Le plein, le vide, l’objet et sa représentation, l’enfant expérimente tout ça. Il cogite. Il s’étonne. Il s’émerveille.

Quand les adultes sont rassurés, ils s’émerveillent à leur tour. Ils touchent eux aussi. Ils n’osent pas mettre les livres dans leur bouche mais ils hument, caressent, écoutent. Pendant que leurs enfants grandissent au contact de ces livres, eux retombent en enfance. Et les voilà réunis autour de cet objet singulier, étonnant, un livre qui n’en est pas vraiment un, une bibliothèque insolite.