Petites comptines pour grands tableaux Virginie Aladjidi, Palette 14€

isbn: 2358320099

Plus je travaille avec des enfants, plus je leur lis des livres, et plus je suis convaincue qu’il n’y a aucun domaine artistique au quel ils ne soient hermétiques.
La culture enfantine, celle qui se transmet bien souvent à l’oral, dont la comptine est sans doute la forme la plus accessible, se marie à ravir avec la Culture avec un grand C, celle des adultes et des musées. C’est le pari réussit de Virginie Aladjidi qui propose dans cet album de mettre en vis-à-vis sur chaque double page une comptine et une œuvre d’art d’un grand maître.

C’est ainsi qu’à la chanson « au clair de la lune » elle associe un tableau de Miro, « baigneuse ». Le tableau n’illustre pas la chanson. Il l’éclaire avec une lumière différente, il propose à l’enfant une piste de lecture, d’interprétation.

Les comptines choisies sont très connues, issues de la culture populaire dans le sens le plus noble du terme.

Quand je propose à un enfant qui ne m’a jamais vu de lui lire un livre, c’est souvent très facilitateur de lui chanter une chanson qu’il a déjà entendue en famille ou à la crèche. Il est ainsi tout de suite dans un domaine connu, un cadre rassurant pour lui.

Les tableaux en revanche, ne font généralement pas partie du quotidien des enfants. Ils découvrent alors avec grand plaisir ces images qui sortent de l’ordinaire. Un mélange tout à fait équilibré entre le quotidien et l’insolite, dans le quel les enfants peuvent se repérer et découvrir un univers.

Je n’ai encore jamais rencontré un enfant désorienté par les œuvres de cet album, même quand elles sont très abstraites, comme « album le rouge » de Gérard Fromanger, qui accompagne « 1,2,3, nous irons au bois » ni quand elles sont très éloignées de l’iconographie adressée aux enfants, comme « Le cheval rouge » De marc Chagall, qui accompagne « c’est Gugus avec son violon »

Au contraire, leur regard navigue très naturellement d’une page à l’autre, du tableau au texte. Le texte d’ailleurs, qui se prête particulièrement à ce lien, puisque la typographie lui donne des faux airs d’illustrations: Il s’enroule sur lui même, sautille, la taille et la couleur des lettres varient selon la chanson.

Voir aussi dans la même collection Du bruit dans l’art.